L’enfant remonte la grande ruelle des commerçants –
Personne ne travaille, il arpente une terre
qu’un grand soleil dissipe en son fond… dans sa lumière
Le même rêve chaque fois, le fruit
qu’on épie longuement sur la table
Où le silence nous assoit – Notre privilège –
La mort viendra. Nous sommes nés pour cela
De la terre et un ciel. Sur la terre, sous un ciel
Pouvoir dire que c’est beau
Parce qu’on a les mains dans les yeux
Et le temps sans les mains
Où la campagne ne change pas.
Ce jardin que la nature cogne en son sein
Comme ce noyau que les enfants plantent en paires.

Quelque fois c’est un souvenir incertain qu’une nostalgie veut créer, une cabane oubliée au cœur d’une forêt dans laquelle on allait se promener, une campagne intacte où des traces de pas dans les champs de blé racontent les rêves que s’étaient fait les enfants qui jouaient – ce qui demeure un parfait moment de paix, de couleurs légères, qui nous rendent le monde comme on l’aimait mais – quelque fois c’était une simple allée, à l’ombre de grands pins, que l’on avait jamais vu pour de vrai, une cascade dans un pays oublié, où ne vivent peut-être que des plantes et une faune ignorée car quelque fois c’était cette image vraie que nous donnait notre envie de vivre, de partir, pour rencontrer une deuxième fois cette félicité que l’on avait imaginée, et que le corps pouvait alors faire durer quelque fois l’éternité – notre seule éternité – Exister

Durant mes voyages je rencontre des hommes qui me racontent leur vie – merveilleux, j’essaye de savoir ce que je pense alors de la mienne mais rien ne vient. Je sais simplement qu’elle n’était pas faite de ces péripéties ou de ces couleurs enthousiastes que j’enviais, mais que j’en demeurais heureux car c’était encore la mienne. Une profondeur de plus que ne pouvait avoir les autres. – Effectivement l’homme continuait de parler tout bas – comme un rêve, des rivières perdues qu’il avait rencontrées dans les rares terres d’un pays – mais jamais il ne parlait de ce que nous étions en train de faire, ce moment de grâce pourtant au centre de toute vie, où quelque chose de noir au fond de l’air coule au fond de nous (ou bien est-ce l’inverse) Dans l’abîme où s’écoule les vrais ombres sous lesquelles on aimait être enfin… rien d’autre que soi-même.

Quelquefois un après-midi vient l’été, une lourde chaleur fatigue la ville –
l’air brule, mais personne ne s’en étonne. Ils sont tous parti à la plage pour offrir
leurs corps vides au soleil comme s’ils s’offraient à un autre visage :
le déclin doux de leur jeunesse dans les couleurs oranges des jardins du centre
qu’ils espèrent revoir renaitre tels quels au printemps. Il faudrait pouvoir arrêter cet enfant
Et lui dire comme l’on aimerait qu’il ne nous ait jamais quitté
pour interrompre cette nostalgie que le ciel ne cessait de prolonger
avec le silence des vagues. Si on lui avait parlé, l’enfant aurait souri
et le mirage serait parti. Il ne nous aurait plus fait peur alors de s’étendre dans l’ombre
du rivage pour y gouter sa fraicheur comme un fruit qui aurait durement muri.

C’est pourquoi, parfois, l’été vient plus tard, et que tous regardent dans le loin
L´adulte qui continue de jouer dans le désert froid des vagues. Des années passent,
Ils en font un tableau : « été » en trois petites lettres dorés sur le bas du cadre.
Quelqu’un en pleure à l’ombre.

Aujourd’hui je serais poète parce que j’ai écrit un poème ou pense du moins en écrire un.
Aujourd’hui je serais gai parce que vient mon frère et sa merveilleuse liberté.
Aujourd’hui je suis triste aujourd’hui je pleure, je suis quotidien
J’ai trop écrit de poèmes, j’ai trop vu mon frère, en vain
Demain le soleil, à la fin de l’été – en vain
La main qui touche la plage et sa main, en vain la pluie, en vain les arbres
Quand on quitte la forêt, un devoir – en vain le monde… Aujourd’hui je fais quelque chose

Tout ce qu’ils entreprennent par la conscience
demeure un chemin
infini qui voudrait déboucher sur lui-même ; un infini
qui ne serait alors plus temporel, alors qu´hélas, nécessairement,
quelque chose serait toujours en train de faire lentement chemin – ils étaient aussi mortels
en plus d’avoir un corps qui sent.